Micro-entreprise, EURL ou SASU : 90 % des créateurs d'entreprise qui se lancent seuls en France choisissent l'un de ces trois statuts. Pourtant, ils n'ont presque rien en commun : cotisations sociales, fiscalité, comptabilité, protection sociale et coût d'entretien diffèrent du tout au tout. Ce guide compare les trois options critère par critère, puis vous donne un arbre de décision simple pour 2026.
| Critère | Micro-entreprise | EURL | SASU |
|---|---|---|---|
| Nature | Régime fiscal et social (forme : entreprise individuelle) | SARL à associé unique | Société par actions simplifiée unipersonnelle |
| Associés | 1 seul entrepreneur | 1 seul associé | 1 seul associé |
| Responsabilité | Responsabilité personnelle (sauf résidence principale protégée depuis 2022) | Limitée aux apports (sauf caution personnelle) | Limitée aux apports (sauf caution personnelle) |
| Capital minimum | Aucun | Libre (1 € possible) | Libre (1 € possible) |
| Dirigeant | L'entrepreneur individuel | Gérant (majoritaire = TNS) | Président (assimilé salarié) |
| Cotisations sociales | 12,3 % (vente) · 21,2 % (services) · 24,6 % (BNC) du CA encaissé | ≈ 45 % du revenu d'activité (TNS), avec abattement forfaitaire de 10 % | ≈ 45 % du salaire brut (cotisations salariales + patronales) |
| Base de cotisation | CA encaissé, même sans bénéfice | Rémunération décidée par le gérant | Salaire brut décidé par le président |
| Frais réels déductibles | Non (abattement forfaitaire à la place : 71 % vente / 50 % services / 34 % BNC) | Oui | Oui |
| Impôt par défaut | IR (barème après abattement) | IR (option IS possible) | IS : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà |
| Versement libératoire | Oui (1 % / 1,7 % / 2,2 % du CA) sous condition de revenus | Non applicable | Non applicable |
| Dividendes | Non (le bénéfice est le revenu) | Oui, après IS si option — mais cotisations TNS sur les dividendes (sauf petite part) | Oui, après IS — dividendes sans cotisations, soumis à la flat tax 30 % |
| TVA | Franchise en base jusqu'à 85 000 € (vente) / 37 500 € (services) ; TVA due au-delà | Assujettie dès la création (franchise possible en micro uniquement) | Assujettie dès la création |
| Seuil de CA | 188 700 € (vente) / 77 700 € (services) — dépassement 2 ans = sortie | Aucun | Aucun |
| Comptabilité | Livre des recettes + registre des achats (vente) | Comptabilité complète (bilan, compte de résultat) | Comptabilité complète + dépôt des comptes au greffe chaque année |
| Expert-comptable | Facultatif | Conseillé (obligatoire selon seuils) | Obligatoire |
| Coût de création | 0 € | ≈ 1 600 – 4 500 € | ≈ 2 200 – 5 700 € |
| Coût annuel | CFE (dès la 2ᵉ année) + cotisations | Comptable 1 200 – 2 500 € + CFE | Comptable 1 500 – 3 000 € + CFE + dépôt des comptes |
| Protection sociale | Maladie, retraite, IJ ; retraite proportionnelle au CA (souvent faible) | Régime des indépendants (TNS) : bonnes prestations maladie, retraite selon revenu | Régime général (assimilé salarié) : chômage en plus, retraite calculée sur le salaire déclaré |
| Assurance chômage | Non | Non (TNS) | Oui, au titre de l'assurance chômage des salariés (sous conditions de salaire et de cotisations) |
| Embauche de salariés | Possible (1er salarié, puis bascule en EI classique possible) | Possible | Possible |
| Rémunération du dirigeant | Net = CA − cotisations (pas de choix) | Libre, mais cohérente avec le CA (cotisations ≈ 45 %) | Libre ; coût ≈ salaire net × 1,93 |
| Crédibilité client / banque | Parfois perçue comme « petit » statut | Bonne (société) | Excellente (statut prisé des indépendants à revenus élevés) |
| Complexité administrative | Minimale | Moyenne | Élevée (comptes annuels, assemblées, dépôt) |
| Idéal pour | Démarrage, petits CA, activité secondaire, test de marché | CA 30 000 – 100 000 €, rémunération élevée, besoin de déduire des frais | CA élevé, stratégie salaire + dividendes, besoin d'une image de société |
Depuis 2022, la micro-entreprise est une modalité de l'entreprise individuelle : elle a remplacé l'auto-entreprise et l'EIRL. Ses atouts sont décisifs au lancement : création gratuite et en ligne, cotisations uniquement sur l'encaissé (pas de charges fixes), comptabilité réduite à un livre de recettes, et franchise de TVA.
L'EURL est une SARL à associé unique. Son dirigeant, le gérant majoritaire, est travailleur non salarié (TNS) : il cotise ≈ 45 % de son revenu d'activité, avec un abattement forfaitaire de 10 % sur la base. La société peut opter pour l'IS (intéressant dès que le bénéfice dépasse la rémunération).
La SASU est la société par actions simplifiée unipersonnelle. Son président est assimilé salarié : il cotise au régime général (≈ 45 % du salaire brut au total), ce qui ouvre droit à l'assurance chômage et à une retraite calculée sur le salaire. L'IS est l'impôt par défaut, et le bénéfice peut être distribué en dividendes sans cotisations (flat tax 30 %).
Le calculateur de statut applique ces règles automatiquement et chiffre les trois options.
| Profil | Micro | EURL | SASU | Verdict |
|---|---|---|---|---|
| CA 25 000 €, peu de frais | Net ≈ 19 700 € (services) | Net ≈ 15 400 €* | Net ≈ 14 200 €* | Micro — les frais de société (comptable ≈ 1 500 €) mangent tout l'écart |
| CA 60 000 €, rémunération 50 000 € | Net 47 280 € (services), mais pas de frais déductibles | Net 50 000 € (cot. ≈ 40 900 €, déductibles) | Net 50 000 € (coût ≈ 96 600 €) — trop cher | EURL — régime TNS le plus efficace à cette rémunération |
| CA 150 000 €, salaire 45 000 € + dividendes | Impossible (seuil 77 700 € dépassé) | Net salaire 45 000 € + dividendes (IS 15 %) — cotisations TNS sur dividendes | Net salaire 45 000 € + dividendes sans cotisations (flat tax 30 %) | SASU — la part dividendes sans cotisations fait la différence |
*Hors coût du comptable et hors impôt sur le revenu. Estimations : TNS ≈ 45 % du revenu d'activité ; SASU net = 75 % du brut, coût = brut × 1,45.
| Bascule | Démarches | Coût typique |
|---|---|---|
| Micro → EURL / SASU | Création de la société, transfert d'activité, résiliation du régime micro, réimmatriculation | 1 500 – 3 500 € (statuts, greffe, comptable) |
| Société → micro | Fermeture/liquidation de la société (parfois dissolution), ouverture d'une EI | 1 000 – 4 000 € (liquidateur, greffe, publicité) |
| EURL ↔ SASU | Transformation de société | 2 000 – 5 000 € (notaire, comptable, taxes) |
Moralité : le choix du statut au départ est une décision économique à 2 000 – 5 000 € près. Les 5 minutes de calcul en amont sont les mieux investies de votre projet.
La micro-entreprise, presque toujours : création gratuite, cotisations proportionnelles, compatibilité avec un emploi salarié, et possibilité d'opter pour le versement libératoire. Les sociétés n'ont d'intérêt que si l'activité secondaire génère un CA significatif et des frais réels.
Depuis 2022, l'EI classique s'adresse à ceux qui dépassent les seuils micro ou qui ont de gros frais réels à déduire. Pour démarrer, la micro est presque toujours le bon choix ; la bascule en EI classique est automatique et sans frais en cas de dépassement.
Oui, sous conditions : être privé involontairement d'emploi (perte de mandat social après au moins 3 ans de présidence), avoir cotisé au régime général, et remplir les conditions de durée d'affiliation. C'est l'un des arguments majeurs de la SASU face à l'EURL.
Ce sont les équivalents multi-associés de l'EURL et de la SASU. Les règles sociales sont identiques (gérant majoritaire TNS pour la SARL, président assimilé salarié pour la SAS).